| Brune |
Posté le 23/07/2009 12:17:14 | | Ils étaient tous là, soigneusement rangés par ordre d'appartenance. De leurs armoires, ils avaient exhumé leurs costumes parfum naphtaline, sorti les bijoux du dimanche un jour de semaine.
Aux premières loges, n’espérant surtout pas le miracle qui, réveillant le défunt, les dé-lèguerait se tenait la branche armée d'un chapelet ; collier douleur sainte éthique qu'en bons disciples ils égrainaient au kilomètre, psalmodiant à tout va. Connectés de père en fils sur oué.oué.oué.bondieu.comme depuis des lustres, ces âmes ne semblaient guère risquer de trouver le moindre salut de plaisir au paradis terrestre.
Venaient ensuite les mi-figures mi-icônes, opportunistes du "croire" qui, en vague souvenir d'une vague communion, récitaient en vague play-back, de vagues homélies en vague espérance d'un paradis pour eux davantage que pour leur vague prochain.
Une place de choix avait aussi été réservée aux larmoyeuses qui, à force de répétitions, connaissait par chœur le chant du sol pleureur.
Plus loin, au très loin, on avait relégué les trouble-fête ; ceux-là mêmes que l'on avait estampillés "rigolos" et pour lesquels on ne jugeait plus utile d’implorer clémence divine tant leur cas était désespéré ; ceux qui, en somme, ne partageaient pas leur tasse d’athée avec le père, ainsi soit-il.
Peu avant les funèbres festivités, comme à des mômes que, du haut de leur plus ou moins cinquantaine ils n'étaient plus, on leur avait fait la leçon : "Tenez-vous tranquilles". En raison de leur religieuse dyslexie, on les avait même dispensé de toute signature à l'eau-de-là.
Nous étions donc là, au nombre de six, amis, amants ou autres aimants liés à regarder, de flexions en génuflexions, la crème religieuse tourner en ronde, à nos esprits, in-croyable.
Eberlués, nous n’étions pourtant pas au bout de notre peine.
C’est que le vicaire après s’être excusé que sa voiture, une bête à bon dieu, cela va sans rire, l’ait mis en retard, s’en vint à faire l’éloge post-mortem d’une Brigitte en lieu saint et place sacrée du Pierre en-voûté.
A se demander si le fervent apôtre, se mélangeant ainsi les cierges, n’avait pas abusé de quelque vin de messe de derrière les fagots... du bûcher, diraient les plus païens.
Alors comme un seul, le clin pluvieux en coin d'oeil, en rang serré, nous avons quitté les lieux.
Sur le parvis de l’église de campagne, nous sommes assis, avons de toutes nos larmes de rire conjuguées, trinqué en éclats, à la vie éternelle en nos coeurs de ce proche parent qui fut si bon vivant...
Le démon de l’heure dite dût être troublé que, de quelques coups de cloche, il klaxonna...
--Message edité par Brune le 2009-07-23 19:15:41--
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